Constanța
Elle naît Costina Ciuciulică à Constanța, l’ancienne Tomis grecque au bord de la mer Noire, la ville où Ovide fut exilé et où il écrivit les Tristes. Ce n’est pas un mauvais point de départ pour quelqu’un qui passera sa vie à dire les mots des autres avec son propre corps.
Son premier diplôme est pratique : le Collège pédagogique « C-tin Brătescu », qui la destine aux tout-petits, suivi de psychopédagogie et d’anglais à l’Université « Ovidius ». Sur le papier, elle se prépare à une vie de salles de classe. Et elle enseigne, quelques années durant. Mais elle sait depuis l’enfance, dit-elle, qu’elle aime se donner en spectacle — l’enfant atypique toujours heureuse de dire des poèmes et de chanter aux invités — et l’idée qu’on puisse étudier pour dire des poèmes ailleurs que dans le salon familial la conduit à Bucarest. Elle ne le formule à voix haute qu’après avoir satisfait le vœu maternel d’un diplôme sérieux ; à partir de là, plus rien ne pèse — ni les regards moqueurs du voisinage, ni la crainte de ses parents que les autres candidats aient des relations.